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Ecume Des Jours Film Critique Essays

Feu d'artifices

J'ai hésité longtemps pour ma note car derrière la beauté des plans, du décor, des trouvailles qui transportent pendant la première heure et continuent un peu à émerveiller pendant un petit temps après (la temporalité étant bien traitée, avec cette maison qui rétrécie), le film parait trop long et s'essouffle et surtout, à aucun moment il n'atteint l'émotion. Vraiment, on a l'impression de voir... Lire la critique de L'Écume des jours

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eloch ·

De l'intérêt du film avant le livre

J'ai abordé "l'écume des jours" à l'envers : j'ai visionné le film avant de lire le roman. Méthode peu orthodoxe, je l'admets volontiers, mais n'ayant pas étudié ce classique au collège (contrairement à beaucoup, on dirait), j'y suis venu un peu à l'improviste, attiré il est vrai par les images surréelles de la bande annonce du nouveau Gondry. Méthode peu orthodoxe, mais qui a ses avantages :... Lire la critique de L'Écume des jours

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nm-reader ·

DécouverteRéminiscences scolaires

• Autant j’apprécie le Boris Vian romancier noir et jazzman, compositeur et parolier, journaliste et traducteur, autant l’auteur de L’Arrache-cœur et de L’Écume des jours m’assomme. J’ai du mal à lui pardonner son romantisme mièvre, mâtiné de surréalisme et gentiment halluciné, qui a plombé mes années de collège. • Michel Gondry est un poète et l’un des rares... Lire la critique de L'Écume des jours

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Step de Boisse ·

Critique de L'Écume des jours par Gérard Rocher

Dans les années 1970, Colin est un jeune homme bien éloigné du monde du travail, profitant de son oisiveté pour croquer la vie à pleines dents. Il vit à Paris dans un curieux appartement relié à un autre immeuble par une passerelle semblable à un ancien wagon de métro. Colin s'est adjoint Nicolas, un maître d'hôtel discret, fidèle et stylé.... Lire la critique de L'Écume des jours

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Gérard Rocher ·

Calembredaines à foison

Exercice de style insupportable et pénible à endurer. Le récit de Boris Vian n'est qu'un prétexte pour Michel Gondry à mettre en image tout ces petits bricolages surréalistes qui n'apportent strictement rien au récit. Au contraire, ça ne fait qu'obstruer cette tragique et jolie histoire d'amour. On voit bien que Gondry ne s'intéresse qu'aux effets spéciaux et oublie l'histoire et les acteurs. On... Lire l'avis à propos de L'Écume des jours

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Ragnarök ·

Michel Gondry qui adapte L’écume des jours de Boris Vian. Quoi de plus logique et d’attendu ? Le réalisateur/bricoleur français est sans doute le seul, avec peut-être Spike Jonze, à pouvoir oser se frotter à une telle montagne. Vendu comme une comédie légère et fantaisiste, le septième film de Michel Gondry est pourtant tout l’inverse. Parcouru d’une noire mélancolie, avec la mort qui rôde au coin de chaque plan, la profusion d’idées de mise en scène brouille les cartes d’un drame qui crée une distance sur le plan émotionnel pour mieux répandre son venin. Adaptation parfaite, dans le sens où on se situe à des années-lumière d’une simple transposition, L’écume des jours est un sacré tour de force.

Il y a quelque chose d’étrange à la vision de L’écume des jours. Quiconque s’est déjà plongé dans le roman de Boris Vian se souvient de son ton bouleversant, sa mélancolie fantaisiste pour traiter d’un drame, difficile de ne pas fondre en larmes devant ces mots. Chez Michel Gondry, l’émotion n’est plus la même. Le réalisateur ne cherche pas à faire pleurer le spectateur, il ne lui livre pas une émotion facile de mélodrame. Il préfère tout d’abord le faire rire pendant quelques minutes pour rapidement le faire rire jaune, avant de le placer dans une condition de malaise assez éprouvante. Gondry aime plus que tout jouer avec les émotions du public, le bouleverser et le prendre par surprise, mais jusqu’à présent, aussi formidables soient Eternal Sunshine of a Spotless Mind ou L’épine dans le coeur, il ne s’était jamais vraiment aventuré sur un terrain aussi glissant. Il faut peut-être se pencher sur certaines tonalités étranges de La Science des rêves et l’effroi qui pouvait s’en ressentir pour trouver l’origine de L’écume des jours et ce terrible chant du désespoir qu’il constitue. Car si la fantaisie est bien là, et l’humour également, le film développe une sensation d’oppression et une noirceur extrêmement désagréables. On ne pleure pas devant L’écume des jours, on en sort le cœur asséché, et en partie broyé.

L’écume des jours est un film imposant, sorte de blockbuster fait de bric et de broc (en apparence) qui répond à un procédé de mise en scène extrêmement élaboré. Ce sens du détail, si cher à Michel Gondry, en fait un film qui bénéficiera volontiers de plusieurs visions, à l’image d’un Cloud Atlas qui peut impressionner avant d’émouvoir. De la trame de Boris Vian, Gondry garde à peu près tout mais pervertit le récit avec une noirceur presque inattendue, et notamment à cause de la promotion toute guillerette du film qui se focalise sur la toute première partie. On pourra reprocher à Gondry de « faire du Gondry », comme on reproche bêtement à d’autres de faire ce qu’ils font le mieux et ce pour quoi on les aime ou les déteste. Car l’auteur est en pleine démonstration de son cinéma. Éléments fantaisistes à tous les étages, mise en scène sans cesse en mouvement, science du découpage, le tout avec cette patte qu’il ne partage avec aucun autre : un cinéma du système D en apparence qui n’est autre qu’une application minutieuse de tous les outils du cinéma (cadrages, focales, mouvements, utilisation des décors) afin de créer une réalité alternative qui ne passe pas par l’utilisation de CGI. Parmi les héritiers de Mélies, Gondry reste un des plus incroyables magiciens de l’image, abordant le cinéma telle une science de l’illusion. De ce travail somme toute monumental nait un univers totalement surréaliste, mais régi par ses propres lois de la physique. L’écume des jours fait à nouveau tomber la frontière entre le réel et l’imaginaire pour mieux s’imposer en film-monde, un monde répondant à un récit, dans lequel l’univers tout entier répond à des problématiques propres aux personnages. Le dispositif est à l’image du film, monstrueux, d’abord amusant car ludique, puis de plus en plus effrayant à mesure que le spectateur se retrouve broyé en même temps que ces personnages auxquels il s’attache immédiatement.

Les qualités de Michel Gondry ne se limitant pas à la mise en scène, il s’impose à nouveau comme un directeur d’acteurs impressionnant (il n’y a qu’à voir ce qu’il avait tiré de la bande de gamins dans The We and the I, ou comment il dirige ici quelqu’un comme Gad Elmaleh) et malgré le ton de l’ensemble il n’est pas bien difficile de croire à la terrible histoire d’amour qui lie Romain Duris (absolument parfait en Colin) à Audrey Tautou (qui trouve avec Chloë ce qui pourrait bien rester comme son meilleur rôle). Tous ces acteurs, hors de leurs compositions habituelles, s’inscrivent merveilleusement dans le dispositif narratif de Michel Gondry. Un dispositif qui passe essentiellement par la mise en scène donc, transformant au fur et à mesure cet univers fantasmé en quelque chose d’ignoble, faisant apparaître la mort au détour d’un plan soudain et toujours un peu plus (l’entreprise qui broie littéralement la chair humaine, des corps qui s’entassent, des mares de sang…). Au fur et à mesure que le drame prend le pas sur la comédie – qui s’efface relativement tôt par le ton relativement dépressif donné dès l’ouverture – les personnages se retrouvent écrasés par un décor de plus en plus resserré sur eux, tandis que les couleurs pétantes quittent peu à peu l’image. Sophistiquée, la poésie noire de L’écume des jours finit par tout avaler, brisant toute émotion basique en même temps qu’elle digère des personnages condamnés à s’évaporer. La technologie prédominante, les névroses et obsessions, les espoirs, tout n’est que détail infime face au cœur d’un homme qui voit l’amour de sa vie mourir lentement. Tout dans le film répond à l’esprit de Colin, à la fois héros, narrateur et réalisateur, architecte de cet univers qui représente son cerveau foisonnant. La déliquescence de la fantaisie qui devient une sorte de nœud coulant autour de son coup crée une sensation de malaise extrêmement désagréable, les machines et inventions étouffent les êtres, Brazil s’invite chez un Michel Gondry qui n’a plus envie de rire, et son illustration du deuil annoncé compose avec des éléments qui ne touchent plus au cœur mais aux tripes. L’écume des jours, c’est quand la maîtrise totale d’une grammaire cinématographique est en osmose avec le sujet le plus désespéré qui soit, et c’est toujours aussi déroutant de voir un metteur en scène qui sait précisément ce qu’il fait.